"Comment elle se répare cette porte mamaaaan ?!?" me crie mon fiston, un peu agacé en me tendant la porte visiblement démontée de son avion Playmobil.
Nils a quatre ans désormais et parle bien, distinctement, son vocabulaire est riche. Même si le langage a révélé ses particularités, il parle, il communique, on échange et on le comprend bien.
Mais ça ne s'est pas fait du jour au lendemain.
C'est pourquoi je voulais vous raconter les étapes qui ont mené Nils au langage.
A 2 ans Nils ne parlaient pas du tout, pas maman , pas papa, pas même le fameux "non". Il murmurait des airs, c'est tout.
Quand on a fait son premier PEP-3 en février 2010 (à 2 ans et demi), il était évalué comme un enfant de 12 mois en terme de langage expressif. C'est à dire rien du tout si ce n'est des sons et des babillements.
Cela nous a surpris, mais le langage ne semblait pas être une priorité de son équipe éducative.
"L'important est que votre enfant apprenne à communiquer avec vous, peut-être qu'il ne parlera jamais" nous avait dit la pédopsy.
La place en orthophonie est celle que nous avons eu le plus de mal à obtenir et nous n'avons commencé qu'en mai 2010. Mais déjà la spychologue ABA qui nous suivait depuis mars nous avait parlé du PECS pour aider Nils a communiqué avec nous et à accéder au langage.
PECS signifie Picture Exchange Communication System, c'est un système de communication qui repose sur le partage et l'association d'image (dessins, images réelles ou pictogramme.
Je vous avoue que je n'étais pas hyper convaincue par le PECS au départ. Je l'étais comme outil de communication pour aider mon fils à exprimer ses envies, mais je ne voyais pas comment l'échange d'images pouvaient favoriser le langage, vu que les mots étaient remplacés par des images justement. Et bien si, et pour notre fils le PECS a été un support formidable pour entrer dans le langage.
Voici comment nous avons procédé. La psy m'avait conseillé de commencer avec très peu de cartes liées à des renforçateur pour Nils (son jouet préféré, de la nourriture, son doudou...)
Nous avons donc commencé à utiliser le PECS pour aider Nils a choisir son dessert (moment préféré du repas !)
J'ai pris en photo (ou trouvé sur les sites de supermarché en ligne) les desserts que nous avions et que je lui proposais.
J'en ai fait des cartes d'un format de 5X5 cm : j'ai imprimé les photos couleurs que j'ai collé sur du papier épais et enroulé de scotch pour les plastifier.
J'avais par exemple une carte "compote" et une carte "petit suisse".
Au moment du dessert, je lui posais les deux cartes devant les yeux en lui demandant : "Quel dessert veux-tu" ?
et je lui montrait chaque carte en disant : "Une compote?" , "un petit suisse ?"
La première fois, il n'a même pas regardé les cartes. Alors je lui ai expliqué qu'il fallait qu'il montre une carte pour avoir le dessert. Je l'ai guidé physiquement : j'ai pris sa main que j'ai pointé sur un des dessert en disant "je veux une compote" et je lui ai tendu la compote.
Pour l'aider les premières fois, je lui posais les cartes devant lui et je m'asseyais en face de lui avec les vrais desserts correspondant dans les mains pour qu'il puisse associer les cartes à une réalité.
Nous avons beaucoup de chance car notre fils apprend très vite et généralise bien.
En deux jours, il a compris qu'en tendant la carte du dessert il avait le dessert correspondant.
Quand il me tendait la carte, je verbalisais bien le nom du dessert et je disais aussi "Je veux une compote" pour qu'il comprenne ce que j'attendais de lui verbalement.
Rapidement, nous avons proposé plus de choix pour le dessert.
Puis j'ai créé plus de cartes, notamment de ses jouets préférés que je rendais inacessibles, de son biberon, d'un verre d'eau, de son doudou que laissais dans son lit à barreau, de façon à ce qu'il n'ait pas le choix que de communiquer pour y accéder.
J'avais tout simplement collé au dos de chaque carte un morceau de velcro et les cartes étaient accrochés sur un classeur (sur lequel j'avais collé des bandes velcro également) accessible facilement dans sa chambre.
Nils a très vite compris qu'il devait m'apporter ces cartes pour obtenir l'objet correspondant. Je verbalisais bien le mot à chaque fois et lui montrait que j'avais bien compris, en me mettant à sa hauteur et en le regardant bien dans les yeux. Je lui répondais : "Tu veux ton doudou mon chéri, je vais te le chercher" ou encore "J'ai bien compris que tu veux un biberon mais je ne t'en donne pas, ce n'est pas encore l'heure du goûter".
Ces cartes me permettaient de connaître ses envies et besoin, d'enrichir notre échange et lui permettait aussi d'entendre différents types de réponses face à une sollicitation, bref de communiquer !
Je n'y croyais pas mais en quelques semaines, Nils s'est mis à prononcer le mot associé à la carte en même temps qu'il nous le tendait.
Nous avions une carte du pot pour qu'il demande ses besoins, une carte du lit pour exprimer sa fatigue, une carte du square pour exprimer son envie d'aller jouer dehors...
Le PECS peut ensuite s'appuyer sur des pictogrammes (pour symboliser des actions notamment) et les cartes peuvent se combiner pour exprimer des phrases, mais nous n'avons même pas eu besoin d'aller jusque là.
Nous lui avons appris à associer le mot "donne" au mot qu'il prononçait déjà en tendant un objet. Puis de nouveaux mots outils. Et très vite, il s'est passé des cartes pour nous demander les
objets qui étaient pris en photo sur ces cartes. Dès fois, si je ne comprenais pas bien du premier coup, il allait me chercher la carte correspondante en appui.
Si bien qu'en septembre 2010, à sa rentrée en petite section de maternelle, Nils n'avait plus besoin du PECS. Le classeur était toujours dans sa chambre mais il ne s'en servait plus.
Je me suis demandé si mon fiston n'avait pas les doigts collants vu
qu'elle l'a saisi du bout des ongles et que ça a duré juste le temps de passer la porte de son bureau.